Le major Mallet,
alors transmetteur au 2e BEP.
A la tête du deuxième stick. Accueilli par des légionnaires
du 1/13e DBLE en limite des barbelés de Claudine, je fus
dirigé sur le lieu de regroupement du PC et de la CCB dans
les tranchées du 8e BPC. Toute la nuit j'écoutai avec
surprise et inquiétude le bruit incessant des mortiers et
de l'artillerie viets. Bien qu'en Extrême-Orient depuis juin
1951, c'était la première fois que je me trouvais
pris sous un tel déluge de feu.
La
nuit suivante, le PC et le reste de la CCB nous rejoignit. Le lendemain,
le groupe de protection du sergent Braun était entièrement
anéanti par un seul obus alors qu'il se regroupait dans un
ancien emplacement de mortier. »
A peine au sol, les deux premières compagnies sont engagées
dans un combat très dur sur les pentes d'Eliane 1. Eliane
1 est un objectif important en l'état de la bataille, une
position décisive pour qui la tient. Les Viets le savent
et, dès le soir du 11 avril, ils repartent à l'assaut
des deux maigres compagnies chargées de tenir la position.
En clair, Charles et Minaud, les deux capitaines appellent à
l'aide ; tout ce que Diên Biên Phu compte de volontaires
« disponibles » et aptes à combattre se rue à
la rescousse. Les compagnies Pétré et Lecour-Grandmaison
du 2e BEP s'élancent en tête. A minuit, les derniers
Viets se retirent du sommet. Pour les Français, la reprise
d'Eliane 1 constitue un succès, même si, pour conserver
le PA, les unités de parachutistes et de Légion qui
s'y succèdent, fondent comme neige au soleil tant les combats,
les escarmouches, les accrochages y sont nombreux, quotidiens et
acharnés.
Acharnés aussi les accrochages pour ravitailler Huguette
6 toujours isolé en bout de terrain. Il s'avère bientôt
évident qu'il sera bientôt impossible d'effectuer même
la liaison indispensable à la survie matérielle des
quelques légionnaires encore vivants, cramponnés à
leurs blockhaus en ruine. Le 15 avril, la mort dans l'âme,
le colonel Langlais donne l'ordre d'évacuer ce point d'appui.
Mais en dépit des efforts consentis par ceux qui ont la charge
de recueillir les assiégés d'Huguette 6, l'évacuation
ne peut être réalisée. Alors, le capitaine Bizard,
ses parachutistes et les légionnaires comprennent que le
salut ne peut venir que d'eux-mêmes. Il faut ou se rendre,
ou tenter une sortie ; percer le dispositif viet, se replier avec
leurs seuls moyens.
Bizard n'hésite pas. Il donne ses ordres et, à son
signal, tous sortent de leurs trous, bousculent les Viets surpris,
font éclater l'étau et se lancent dans une course
folle et meurtrière vers les lignes amies, cinq cents mètres
au sud. Quand on fera le bilan des pertes, il s'avérera très
lourd sur 300 légionnaires et parachutistes
qui ont tenu Huguette 6, 106 ont été tués,
49 blessés et 79 ont disparu au cours de l'ultime percée.
La perte de cette nouvelle position économise certes des
vies humaines inutilement sacrifiées. Mais elle permet aux
Viets de faire un bond en avant de près de 400 mètres
en direction du réduit central. Autant dire que la moitié
nord de la piste d'aviation est irrémédiablement aux
mains des Viets et que le problèmes posés par le parachutage
du ravitaillement compliquent au point de devenir insolubles à
partir du 15 avril, 30% du matériel tombe périmètre
défendu par les Français.
Du
16 au 18 avril, des avions larguent les volontaires et parmi
eux, nombreux sont les légionnaires , des unités
du Tonkin qui, fièrement, disent aux assiégés
dont ils vont partager le destin
Quand le commandement a demandé des volontaires pour
être parachutés, tous les bataillons Légion
ont répondu :

Bataillon
"au
complet prêt pour sauter "
.
|
Ces derniers proviennent essentiellement des 3e et 5e Etranger
."
Après un entrainement sommaire",
une dernière soirée en ville et les provisions de
cigarettes et de cognac pour les copains qu'on va retrouver dans
la cuvette, direction Gia-Lam ou les Dakotas attendent. Le sergent-chef
Dupont s'équipe et embarque pour son premier saut :
Dans l'avion, à la porte, un connard hésite . La DCA
ennemie, bien réveillée cette fois, crache de tous
ses tubes. Explosions traçantes, gerbes, étincelles,
la carcasse métallique vibrait. Les yeux fixés sur
la lampe.
Clignotement. Go !
La gaine, poussée, bascula, Maurice sautait, je fonçais
derrière lui, un pied dérapant à peine de Choc
à l'ouverture, puis impression de douceur, de balançoire.
Je regardais la corolle au-dessus émerveillé et satisfait
d'apercevoir celle des copains ,mais elles étaient illuminées
par une luciolle, fruit sans doute de la fatigue d'une sentinelle
saisie par la brusque violence de l'artillerie antiaérienne.
Les traçantes montaient lentement vers moi, boules roses
d'une grande intensité lumineuse, s'accélérant
a mon approche et me croisaient à une vitesse folle ; Vu
d'en haut, avec une inconscience toute pasagère , c'était
un spectacle "son et lumière" tout à fait
irrationnel.
"Et
qui est là pour m'accueillir ?
FALSETTI
,qui apprécie ma bonne bouteille !
Les renforts sont embrigadés immédiatement , pas de
répit pour eux. La bataille c'est tout de suite. L'effort
ennemi porte maintenant sur Huguette 1 qui se trouve désormais
en première ligne l'investissement de la position commence
aussitot , de jour en jour, les progrès des circonvallations
se rapprochent du PA. Si le 15 avril, pour ravitailler les légionnaires
de Rastouil, une section de 60 PIM était suffisante, deux
jours plus tard, Huguette 1 est inabordable même avec une
compagnie . Par radio, Rastouil, qui ne dispose plus que d'une poignée
de légionnaires, demande des renforts. Pour l'Etat-Major,
Huguette 1 est le PA de la dernière chance , si il tombe,
les Viets ne seront plus qu'à 800 mètres du centre
de Diên Biên Phu. Interrogé, le commandant Clémençon
montre l'état de ses effectifs squelettiques, et de plus,
grevés par la nécéssité de tenir les
trois derniers Huguette. Alors, on adresse a Vadot le commandant
de la 13 Demi-Brigade de Légion-Etrangère , en fait
un seul bataillon , déja bien entamé.Vadot désigne
la 4ème Compagnie du capitaine Chevallier .
A l'aube du 17 avril, Chevallier se glisse, par les tranchées
d'accès à la hauteur d'Huguette 3, au sud de objectif.
Il aura environ 300 mètres de glacis à franchir à
découvert, avant d'aborder les premiers blokkhaus ennemis
,qu'il lui faudra détruire pour sauter dans les barbelés
d'Huguette 1 et s'y enfermer. Ses Légionnaires sont calmes
et décidés. En plus de leur armement, de leurs munitions,
ils transportent aussi dess jerrycans d'eau potable : ils savent
qu'une fois ur place, ils ne devront plus compter que sur eux-mêmes.
L'attaque démarre, précédée d'un tir
d'arti'llerie. Très vite, les légionnaires de la «
4 » sont au contact. Il leur faut pas moins de trois heures
pour perrcer les lignes adverses, faire sauter les blockhaus, et
conraindre les bo-doïs à livrer le passage.
A 10 heures du matin seulement, après quatre heures d'effort,
les premiers éclaireurs du capitaine Chevalier parviennent
auprès de leurs camarades du 1/2e REI. Ceux-ci entament aussitôt
leur repli, ils n'arriveront au réduit central qu'au milieu
de la nuit en ayant subi de nouvelles pertes.
De son côté, la 4e compagnie s'organise. Les Viets
ne laissent aucun répit aux légionnaires qui défendent
leur vie. Dès la tombée du jour, les premières
sections ennemies sont à pied d'oeuvre, à vue directe.
Ils ne montent pas à l'assaut, ils creusent, comme en 1916.
Un travail acharné, méthodique de taupes laborieuses
; les boyaux avancent inexorablement. Ils passent sous les réseaux
de barbelés, ils disparaissent brusquement pour s'ouvrir
dans le flanc même des tranchées françaises.
Les Viets surgissent alors comme les rats d'une tuyauterie crevée.
Ils sortent par dizaines, de tous côtés à la
fois.
Un
rescapé, "le seul", Joseph Unterleschner,
racontera
que toutes les nuits, les légionnaires avaient l'impression
d'être englués dans une marée humaine. Alors,
Chevallier, chaque fois qu'il le peut, demande à l'artillerie,
aux mortiers lourds de la Légion d'expédier leurs
tirs en limite de périmètre, transgressant allégrement
le règlement de l'artillerie qui interdit les tirs à
moins de 400 mètres des positions ennemies. Mais Diên
Biên Phu n'avait pas été prévu par les
manuels !
Tous les matins, jusqu'au 22 avril, le colonel de Castries qui va
devenir général dans les prochaines heures s'informe
de la situation du capitaine Chevallier et de sa 4e compagnie. Et
tous les matins, la réponse est la même :
"Chevallier
tient toujours"
Il tient sans vivres, sans eau, sans ravitaillement d'aucune sorte.
A Dien Bien Phu, sur, les pitons d'alentour,
la
résistance des 40 survivants de la 4e compagnie prend figure
de symbole.
Elle résume à elle seule l'opiniâtreté
des défenseurs du camp retranché. Souvent, dans la
journée, par radio, les compagnies des deux BEP qui luttent
pied à pied sur les Éliane envoient leurs encouragements
aux légionnaires de Chevallier. Tous les soirs lorsque tombe
la nuit, les Viets sortent de leurs trous. Pour lutter contre eux,
les défenseurs ont mis au point une tactique : ils tuent
le premier, lui prennent ses grenades — des engins chinois
enrobés de plastic et pourvu d'un manche — et l'enfournent
dans le trou avant de faire sauter le tout.
Pulvérisé par les mines, les obus, les explosions,
le sol de Huguette 1 est devenu comme une surface mouvante où
l'on s'enfonce dans la boue jusqu'aux chevilles. C'est dans ce bourbier
que, trois jours encore, jusqu'au 22 avril au soir, les survivants
de la 4e compagnie du 1/13e DBLE vont se battre jusqu'au dernier.

Le 22 avril, à 23 heures, le poste de radio
cesse brusquement d'émettre.

Sans
eau, sans vivres, sans munitions, Chevallier et ses hommes ont tenu
six jours et sept nuits face à trois bataillons ennemis relevés
tous les jours.
Toute la nuit, Vadot et Langlais ont espéré, attendu,
souhaité un signe indiquant que rien n'est perdu. Rien ne
s'est produit, hormis, au petit matin, le retour d'un légionnaire.
Un seul. Il s'appelait
 Unterleschner.
Au général de Castries, qui a tenu à l'interroger,
il a raconté qu'Huguette 1 n'a pas été submergé
par une attaque générale, mais miné de toutes
parts, le point d'appui a sombré quand le colmatage des sapes
n'a plus été possible. Les défenseurs ont été
noyés par le flot des assaillants .
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